Pierre-Paul Servonnet (1897-1909)

 

L’évêque de Digne, Mgr Servonnet, fit son entrée comme nouvel archevêque de Bourges le 3 août 1897. Il était âgé de 67 ans. Déjà, quelques ombres se projetaient sur cette installation qui inaugurait vraisemblablement le plus agité et le plus contesté de la période concordataire. Dès son arrivée il assiste à Châteauroux à l’inauguration du monument élevé à la mémoire des morts de 1870 originaires du département de l’Indre et y présente son clergé au ministre du gouvernement. Sa nomination d’officier de la Légion d’Honneur en août 1899 est interprétée par ses opposants comme la récompense du gouvernement à un docile fonctionnaire… Mais à peine quelques semaines s’écoulent-elles que l’archevêque verra tomber ses illusions, s’il en avait eu vraiment, sur la bienveillance du dit gouvernement à son égard. L’interdiction de consacrer l’église abbatiale de Fontgombault lui sera une pénible humiliation. La cérémonie avait été fixée au 5 octobre 1899. L’abbé Frémont était présent et note dans son journal « Au moment où nous allions procéder à la consécration, dépêche foudroyante du préfet proscrivant toute cérémonie publique dans une chapelle qui appartient à une congrégation considérée comme non autorisée ». Cette triste matinée sonnait le glas avant-coureur de la dissolution de la communauté cistercienne de Fontgombault. En 1901, la politique religieuse du gouvernement apporte à Mgr Servonnet et à son clergé les plus graves préoccupations. C’est d’abord la loi du 1er juillet 1901 qui interdit toute activité aux congrégations religieuses non autorisées et qui entraîne la fermeture de plusieurs milliers de leurs écoles. Presque toutes celles qui demandent cette autorisation ce la voient refuser. En octobre 1902 est divulguée une lettre de protestation préparée clandestinement et signée de 74 membres de l’épiscopat dont l’archevêque de Bourges. Mgr Servonnet déclara à cette occasion : « Quod debuimus facere, fecimus ». Nous avons fait ce que nous devions faire, ajoutant toutefois que toute manifestation intempestive serait un obstacle à la bienveillance qu’il voulait croire encore possible de la part du gouvernement. Aussi, à la suite des circulaires ministérielles d’avril 1903, interdisant aux fidèles l’accès aux chapelles non autorisées et aux religieux l’exercice de la prédication, il se range, cette fois parmi la dizaine d’évêques qui acceptent ces mesures, voulant, dit l’un d’eux se montrer conciliant jusqu’à l’extrême limite. Cette conciliation n’arrête pas le cours des événements. Dès juillet 1902, les écoles dirigées par des religieuses de congrégations extradiocésaines sont contraintes de disparaître. Les congrégations diocésaines de la Charité, de Marie-Immaculée et de Buzançais formulent des demandes d’autorisation aussitôt rejetées. Les Fidèles Compagnes de Jésus prennent le chemin de l’exil en avril 1904. Puis se sont les Bénédictines qui partent en Espagne et les Ursulines en Belgique. Les Frères des écoles chrétiennes ferment les treize établissements qu’ils possèdent en Berry. Les Sœurs de la Charité ont déjà quitté les services de l’asile de Beauregard et de l’Hôpital Militaire de Bourges. Mgr Servonnet rend visite à ces communautés pour leur exprimer sa sympathie. Onze autres établissements sont visés par un décret du 18 janvier 1905. Et la proscription continue. Parmi les 725 établissements frappés en juillet 1906, dix appartiennent au diocèse de Bourges ; l’année suivante cinq autres dans l’Indre. La Maîtrise de la cathédrale est atteinte à son tour. En juillet 1907 un nouveau décret du Journal Officiel ordonnera encore la fermeture de quatre écoles dans l’Indre. Mais déjà est consommée la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Devant la perspective de cette séparation, Mgr Servonnet avait adhéré le 30 mars à la Lettre de protestation des cardinaux français au Président de la République puis le 18 juin, recevant son clergé, avait dit son angoisse. La loi ayant été votée le 9 décembre suivant, les inventaires des biens ecclésiastiques commencent dès le début de 1906. Le palais épiscopal est visité le 1er février et Mgr Servonnet lit une ferme protestation à l’inspecteur de l’enregistrement. Même déclaration le 9 février lors de l’inventaire de la cathédrale dont les avenues, par arrêté préfectoral, avaient été gardées militairement. L’armée avait été également mobilisée autour de Notre-Dame et de Saint Bonnet où se produisirent quelques échauffourées entre les fidèles et les agents du Domaine. Dans l’ensemble du diocèse, tout se passa dans le calme, sans comparaison avec les incidents de l’Ouest ou du Nord. Le 14 décembre, Mgr Servonnet est expulsé de l’archevêché. Quand, accompagné de ses vicaires généraux, il apparaît sur la place, une immense ovation de 4000 fidèles l’acclame aux cris de « Vive Monseigneur, vive la Liberté, vive le Pape ! ». Ainsi se termine un siècle de Concordat et ses relations plus ou moins houleuses entre l’Église et l’État.

 


 

 

 

 

 

D’or, à la montagne de sinople, sommée d’une croix de gueules et chargée en pointe de deux agneaux affrontés d’argent, se désaltérant à une fontaine du même.